ENTREPRISES FRONTALIERES : EVITEZ LES FUITES !

Ah elle a « bon dos » la Suisse ! Elle qui « nous pique » toute la main d’oeuvre…!

Le manque d’attractivité salariale avancé au premier plan des difficultés de recrutement, les territoires frontaliers pâtissent côté français, de la douloureuse concurrence de leur voisine, la Suisse. Job de manutentionnaire rémunéré autour de 50 000 CHF annuels bruts1, poste d’agent de caisse autour de 42 500 CHF2, infirmier-ère-s payé-e-s 70 000 CHF3 […] la lutte semble complètement perdue d’avance (et pourtant…).

Au grand désespoir des TPE/PME frontalières, mais aussi des institutions et du secteur public, les travailleur-se-s choisissent parfois (souvent) de se déplacer chaque jour pour gagner davantage, et s’assurer plus de confort financier. Qui pour les en blâmer ? A l’époque où l’inflation est certainement le sujet n°1 des préoccupations sociales.

Or, « la vie de frontalier » implique aussi de nombreux sacrifices organisationnels. A commencer par l’équilibre vie pro – vie perso, qui ; compte-tenu du temps de travail réglementaire suisse (en moyenne de 42h et allant jusqu’à 50h/semaine) additionné au temps de trajets domicile-travail (en moyenne 1h et demi/ jour en fonction du secteur géographique étudié)4 ; se voit largement compromis.


L’intendance familiale (garde d’enfants, trajets scolaires, activités extra-scolaires…), comme la capacité à mobiliser du temps pour soi, font alors l’objet d’un vrai casse-tête organisationnel. Crèches privées ouvrant leurs portes à 5h30 du matin, « nounous du soir », épuisement physique et émotionnel lié à la fatigue de la conduite (le véhicule personnel demeurant le premier mode de déplacement, et le covoiturage restant très minoritaire), le stress lié à l’exposition aux risques (accidentologie), le tunnel infernal des courses du samedi faute de temps aménageable durant la semaine (…), sont des exemples de facteurs extérieurs fragilisant potentiellement le bien-être de ces populations.

C’est aussi sans compter les pressions systémiques (le droit du travail et les couvertures sociales étant assez différents en Suisse, et impliquant une forte précarité) et les différences culturelles, auxquelles il convient de s’adapter « sans broncher » puisque le salaire justifie à lui seul de subir les paradoxes d’une « vie rêvée ».

Des individus, toujours plus nombreux chaque année, traversent la France entière pour s’installer dans un territoire où ils n’ont aucune attache, aucun réseau social, parfois aucune affinité culturelle […] pour pouvoir se constituer suffisant de patrimoine et espérer acquérir une maison, des biens matériels, ou de quoi financer les études de leurs enfants.

Mais si c’est un choix, pourquoi s’appesantir sur celui-ci me demanderez-vous ?

Parce-que les conséquences sur la santé des individus, sur l’attractivité d’un territoire, sur la qualité des relations sociales et sur le dynamisme culturel d’une commune sont directement impactés !

Etudier ces phénomènes par le prisme économique n’est pas suffisant. Les prismes sociaux, culturels et de genre ont aussi leur pertinence. Prenons pour illustration, l’appauvrissement des femmes lié à l’occupation de métiers à temps partiel [qui pallient notamment les difficultés de garde d’enfants et sont plus compatibles avec une situation d’aidant5]. Plus invisible, cette conséquence est d’autant plus impactante lors d’une séparation6 qui déjà de fait, appauvrit le ménage. Nous pouvons aisément imaginer les difficultés supplémentaires pour les familles avec enfants, pour lesquels il conviendra d’aménager un nouveau mode de garde. La parentalité évolue, et les pères souhaitent s’impliquer davantage dans la vie de leurs enfants.

La « vie de frontalier » devient ainsi de plus en plus incompatible avec le bien-être de la cellule familiale.


C’est donc exactement ICI qu’intervient la QUALITE DE VIE ET DES CONDITIONS DE TRAVAIL. C’est justement ici que les employeurs français ont une carte à jouer pour attirer de nouveaux-nouvelles salarié-e-s, retenir leurs talents, leur main d’oeuvre, et contribuer à améliorer la dynamique sociale de leur territoire d’implantation (à noter également l’impact du niveau de vie frontalier sur le coût de la vie pour l’ensemble des habitant-e-s).

Lors d’une enquête menée localement7, 94.7% des sondé-e-s ont répondu que leur entreprise rencontrait des difficultés RH, dont 66.7% liées directement au recrutement et 55.6% concernant des problématiques de turn-over.

A la question « Quelles sont pour vous les 3 choses les plus importantes dans votre travail ? « , la première place est attribuée à l‘intérêt des missions (le sens), puis l’ambiance au travail, et en troisième position, le salaire8.

Il y a donc fort à parier que l’amélioration de la QVCT est une piste intéressante pour accroître l’attractivité des entreprises et des organisations françaises, face aux effets concurrentiels du salaire suisse.

Politique du CSE, stratégies organisationnelles, environnement de travail, qualité du management, reconnaissance professionnelle, évolution des carrières, accompagnement à la parentalité9, considération des périodes de fragilités, ambiance au travail […] sont autant de leviers d’action durable pour éviter les fuites !

1 départ = 3 mois de salaire

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« Entreprises frontalières, attirez et fidélisez les travailleurs grâce à des conditions de travail favorables »
C’est par ici > https://www.anact.fr/special-entreprises-frontalieres-bourgogne-franche-comte-attirer-et-fideliser-les-travailleurs

  1. Sources : moyenne de données statistiques de glassdoor et jobs.ch ↩︎
  2. Sources : moyenne de données statistiques de glassdoor et jobup.ch ↩︎
  3. Sources : moyenne de données statistiques de indeed.ch et jobup.ch ↩︎
  4. A consulter : un article intéressant sur lArc Jurassien ↩︎
  5. 9,3 millions de personnes déclarent apporter une aide régulière à un-e proche en situation de handicap ou en perte d’autonomie en 2021. https://solidarites.gouv.fr/agir-pour-les-aidants ↩︎
  6. C’est aujourd’hui près d’un mariage sur deux qui se solde par un divorce ; sans compter les unions libres et le concubinage, dont les chiffres ne sont pas communiqués. Le phénomène d’appauvrissement est encore davantage creusé à l’occasion d’une séparation. Voir étude INSEE ↩︎
  7. Etude menée par THAT QVCT sur un échantillon de 30 personnes. ↩︎
  8. A noter que cette étude concerne des travailleur-se-s côté français. ↩︎
  9. Plus d’1 salarié-e sur deux est parent ! Découvrez ici 10 bonnes raisons d’intégrer la parentalité en entreprise. ↩︎